.;Un rayon de soleil, un peu brutal brûle le rideau délavé puis traverse en oblique sur les dos nus, qui tressaillent des fois, se cambrent. C'est exactement comme une beauté de plan au cinéma, avec le doux qui se mélange à une forte émotion, ou un détail de sons couleurs et gestes, discret, mais la main rejoint l'autre, quoi qu'on en dise.
La chambre qui était bleue, qui l'est toujours, mais maintenant recouverte de photos est inondée par cette lumière particulière qu'offrent les matins d'été. Il doit être dix heures, mais le temps est un détail bien futile, c'est le désir qui ici impose le rythme des coeurs, le tempo des musiques qui résonnent dans les tempes. C'est encore lui quand les lèvres viennent s'écorcher quand la clarté vient frapper la beauté, s'immiscer entre les corps, tant qu'il reste encore un espace entre eux.
Les rires sont des champs qui s'enflamment, le brasier est personnel, doux si doux qu'il en devient d'une transparence éblouissante. La poussière danse avec les corps des petites valses improvisées, le plafond aspire les volutes d'encens, de cigarette. On pourrait parler de dehors, des enfants et de leurs chiens, mais ils n'existent plus, ou si peu, ce sont des éléments étrangers, improbables.
Les draps impriment la forme de l'envie, des frissons. Le creux du cou est froid, puis chaud, puis presque insensible aux petites morsures qu'il reçoit.
Les rayons du soleil se diffusent, jamais pâles, froissant les tissus et déformant les couleurs, d'une jolie et tranquille petite hallucination.
On entend le ronronnement des lourdes machines sur les chantiers, de la ville, très loin, comme un crépitement en sourdine.
Le soleil explose les murs tapissés de mots doux, durs et brisés, les ombres s'animent, chinoises et vaporeuses sur l'armoire lavande.
Le velours de l'amour glisse sur les jambes et les bras, les détails du corps apparaissent au temps du repos, des navires bercés et entourés d'un halo.
L'électricité est au bout des doigts, lorsqu'ils touchent et s'approprient le reste. C'est l'été mêlé à l'amour, les contours qui disparaissent, effacés dans la précipitation, ce sont les corps livrés au soleil, et qui dorment calmement.